Le M.U.R. – Entretien

L’association Le M.U.R. (Modulable Urbain Réactif) au coin de la rue Oberkampf et de la rue Saint Maur à Paris oeuvre depuis maintenant près de dix ans dans la promotion de l’art contemporain et plus particulièrement de l’art urbain. Un espace de la taille de deux panneaux publicitaires (soit 8x3m) est mis à disposition de plasticiens. Chaque mois, les habitants du 11ème arrondissement parisien peuvent découvrir l’univers d’un artiste choisi par l’association.

Le concept qui s’exporte depuis dans plusieurs ville de France arrive à Saint-Etienne…

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C’est en bas de la rue du Frère Maras, autrement rebaptisé la rue des Gâteaux que sa se passe ! Entretien :

_Salut Le M.U.R. !

 » Salut Mémoire en Béton « 

_Pourquoi ce projet ?

 » C’est très jouissif de pouvoir proposer autre chose que de la pub dans des surfaces initialement prévues à cet effet. »

_La mise en place du projet a nécessité l’installation des deux panneaux publicitaires, et a certainement besoin d’un fond de caisse pour fonctionner. Comment est financé le projet ? A-t-il une durée de vie limitée ?

 » Ce projet est pour l’instant financé par notre propre association, en espérant toucher une subvention de la ville pour assurer les tranches de saucisson et fromage offert les jours de vernissage ainsi que l’achat symbolique de l’oeuvre à l’artiste.

Ce projet n’a pas de durée de vie limitée. »

_Nous souhaitons participer au M.U.R., comment faire ? Comment choisissez vous les artistes ? Avez-vous prévu de programmer des artistes locaux sur le M.U.R ?

 » Pour participer au M.U.R, il faut se faire connaître auprès de l’association le M.U.R (lemurstetienne@live.fr), il y a donc un mélange d’artistes invités (donc choisis) par l’association et d’intervenants volontaires. Et l’idéal serait de mélanger artistes locaux et artistes d’ailleurs sur le M.U.R. Pour l’instant il y a eu une artiste chilienne qui est intervenue en juillet, un artiste parisien qui vient d’intervenir la semaine dernière et il va y avoir un couple d’artiste de la haute loire qui va intervenir le 4 octobre prochain et enfin un artiste stéphanois interviendra le 1er novembre, puis de nouveau un stéphanois en décembre, puis un tchèque en janvier, un stéphanois en février, encore un stéphanois en mars, un lyonnais en avril, un stéphanois en mai et enfin une française travaillant à Vienne en Autriche pour clôturer cette année scolaire… »

_Une envie d’appropriation du projet par les Stéphanois eux-mêmes, que vous avez fièrement relayé sur votre blog, se fait sentir ! Les espaces de libres expressions sont quasiment inexistants dans nos rues. Pourrait-on imaginer une période entre deux artistes invités qui permettrait a chacun de s’approprier le MUR ?

 » les 2/3 des invités cette années sont stéphanois! le M.U.R n’est pas exactement un support d’expression libre justement c’est une surface encadrée qui appelle autre chose que de « l’expression libre » telle qu’on l’entend dans ta question, pour cela il reste tous les murs de Saint-Etienne, bel et bien existants et plutôt très nombreux non?à chacun de prendre ce risque …

C’est une chaîne d’artiste ou chaque artiste recouvrira le précédent.

Effectivement les Mongol’z ont tracé une bite géante car le support était exceptionnellement vide pendant deux semaines à la fin du mois d’août et que peu de graffeurs peuvent résister à l’appelle des surfaces vierges mais désormais (malheureusement) le M.U.R ne sera plus jamais vierge puisque les artistes vont se succéder les uns sur les autres. »

_Moins drôle, le projet de démolition du parking des Ursules (mitoyen avec le MUR) qui va laisser place à un énième centre commercial ! Chapeauter par l’EPASE qui sous couvert de rénovation urbaine, souhaite rendre notre ville commercialement attractive. Ce lieu pour votre projet a-t-il été choisi en connaissance de cause ? Selon vous, n’y a-t-il pas mieux à faire que d’accueillir de « nouvelles enseignes d’envergure nationale » aux pieds de nos crassiers ? une idée ?

 » Le projet des Ursules, ça appartient au futur et il est écrit blanc sur noir dans notre cuisine la devise suivante « au jour le jour pour toujours » donc Ursules ou pas Ursules, on s’en occupera le jours où il faudra déplacer le M.U.R , mais en tout cas il ne succombera pas aux tractopelles, on lui cherchera une autre place c’est sûre!
On trouvait cette place idéal pour le M.U.R puis on nous a dit le risque que notre projet encourait à être là car peu pérenne à cause de ce grand projet étrange qui effraye tout le quartier mais qui vivra verra. Il y a certainement mieux à faire que des centres commercial quand plus personne n’a de sous et dailleurs c’est ce qu’on fait! un grand parc avec de l’eau qui coule comme au bon vieux temps, ça nous plairait mieux évidement. »


_une photo de la fin ?

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Encore merci à l’association de nous avoir accordé un peu de temps pour cet entretien. Longue vie aux murs 😉

J.M.

+ d’infos : Site web / Facebook

Resist

RESISTLadamenrouge – Pochoir – Saint-Etienne

C’est avec plaisir que Mémoireenbeton va pouvoir s’entretenir avec Ladmaeenrouge, l’artiste qui fait le trottoir et de l’Art comptant pour rien tout en accélérant la modification urbaine. Tout un programme.

C’est au détour de nombreuses rues stéphanoises que depuis quelques années, fleurissent ça et là de subversives créations humoristiques à base de pochoirs, graffitis et installations loufoques.

Mais au fait, d’où vient le choix du pseudonyme « LaDameenRouge » ?
D’abord mon pseudo c’est « Ladamenrouge » ahahahah, c’est simple j’ai commencé à faire de la photo il y a environ 3/4 ans en faisant de la désaturation sélective (Spot Color : Noir et blanc avec une petite en rouge) j’avais pris ce pseudo. Quand j’ai commencé à faire le trottoir j’ai hésité à prendre le pseudo « Libertag » puis finalement j’ai gardé le premier pour avoir plus de visibilité.

Comment êtes vous passés de la photographie à l‘art de rue ?
Je réalisais des photos Urbex (Urban Explorer) c’est à dire que j’allais dans les friches industrielles et les usines à l’abandon pour prendre des clichés. Puis je faisais des clips en diaporama dispo sur Youtube. Au cours de mes errances, j’ai été confronté dans ces lieux, aux Tag et aux Graffiti.  L’idée a germé lentement pour réaliser des oeuvres non pas sur les murs mais sur les trottoirs…Cela n’a pas été facile car je n’avais aucune expérience du Street-Art et que je suis un piètre dessinateur !!!!

Existe-t-il un point commun entre votre profession et votre travail d’artiste de rue ?
Le même qu’entre le heavy metal et la musique classique !!!!

Que pensez vous de l’art contemporain, et certains artistes retiennent-ils particulièrement votre attention ?
J’ai beaucoup de difficultés à dresser une frontière artistique entre le Street-Art, l’Art contemporain, voire le Minimal-art. Je pense que l’élan est le même, l’artiste est un alchimiste qui transforme la boue en or et vit dans le conditionnel pour hypothéquer le présent…Je n’ai pas de nom en particulier si ce n’est l’éternel BANKSY. J’avais été voir son film ‘faites le mur » en 2010 je crois. D’ailleurs, juste après, j’étais à deux doigts d’arrêter avant même de commencer…je me sentais…tellement…infime devant tant de maîtrise…Depuis j’ai su qu’il ne fallait pas faire « comme » mais « autrement »…

A votre avis quel effet produisent vos créations sur le public ?
En général, ça passe. C’est à dire que je ne subis pas de vindicte populaire ou bien de lynchage. Avec le peu de recul et la 100taine d’oeuvres que j’ai réalisées, il y a pas mal d’humour, voire de poésie dans mes oeuvres, ce sont des valeurs inattaquables… La phrase qui revient le plus souvent avec les passants est « que j’offre un peu de couleurs sur les trottoirs ». Cependant, j’ai eu quelques frayeurs dès que j’ai touché à la politique (panneau DSK,panneau Casse-toi pov’Con, panneau Treirweiler, voire un clip contre Sarkozy [siège éjectable] dispo sur Youtube)…Concernant cette dernière oeuvre, elle se déroulait pendant les élections et elle n’a duré que 2 minutes…enlevée par la DDE !!! Plus on est visible… plus on s’expose. Je ne cherche pas la provocation, même si j’ai réalisé quelques oeuvres assez trash. Je crée selon l’inspiration et tout le monde en prend pour son grade : un artiste n’a pas de bord et ses frontières sont mouvantes…

Dans une de vos dernières créations vous abordez le thème de la résistance. Dans quelle domaine et par quels moyens l’envisagez vous ?
Ah oui, c’est l’oeuvre « RESIST ». A force de passer dans cette rue, un jour… je me suis arrêté. Je n’ai pas de ligne directrice ou de marque de fabrique dans mes oeuvres…et je peux difficilement anticiper ce que je vais faire, mais je sens que je vais me diriger vers quelque chose de différent, enfin une sorte de déclinaison de ce que je réalise actuellement. Je ne suis pas militant, mais il y a des sujets qui me préoccupent (l’écologie, les dictatures, la misère, l’égalité homme-femme…). J’avais fait au tout début quelques pochoirs contre Kadhafi et Bachaar el Assad. Maintenant, avec le recul, j’ai envie de créer des oeuvres beaucoup plus grandes mais en collage. Ce n’est pas que je me lasse de « faire le trottoir » mais j’aime bien le principe du Dazibao revendicatif avec un dessin ou slogan choc  !!!! Donc, projet contestataire à l’étude quelque part au fond de mon cortex…

Que pensez vous du climat politico-social en France ?
Comme je l’ai dit plus haut, je ne suis pas un militant affilié à un parti et je ne vote pas. Mais cet absence d’engagement ne m’empêche pas d’avoir une conscience politique. Le petit spectateur que je suis vous direz que le péssimisme règne. Il ne faut pas être un expert en géo-politique pour comprendre que la zone Euro, donc la France, est lessivée par une crise (non croissance) depuis plusieurs années. Et les perspectives ne sont guères bonnes. La population attendait beaucoup et vite du nouveau gouvernement mais le slogan « le changement, c’est maintenant » semble lointain…Puisque notre président et l’homme des compromis, je me permettrai d’en faire un également : donnons lui encore du temps et donnons lui une chance de faire autrement que le précédent gouvernement. Après tout, il n’a pas promis grand chose, si ce n’est que cela allait être dur. Peut être doit on passer par les pires difficultés avant de connaître l’Etat providence…

Que vous évoque « la lutte des classes « ?
C’est un concept que j’entends depuis ma naissance et qui existait bien avant celle de mes parents !!!. Il me semble que cette notion a évolué et ne s’applique plus à une masse de pauvres opprimés par une classe de nantis corrompus et accaparant la totalité des richesses…. mais que maintenant est apparue, en Turquie, au Brésil, et même en Chine, une classe moyenne qui conteste le gouvernement et peut jouer un véritable rôle d’opposition démocratique. En France, on peut parler de l’émergence d’une classe moyenne victime de la dégradation de son niveau de vie mixée à une fiscalité grandissante, victime d’une perte de confiance dans la vie politique, rongée par la précarité des emplois, par un sentiment anti-Bruxelles et par la mondialisation. Reste à savoir si cette classe moyenne a le pouvoir de s’organiser pour peser dans la vie politique afin de l’infléchir.

Verra-t on un jour Ladamenrouge sur « le Mur » de Saint-Etienne ?
Ancien Parisien, j’avais connu le « Mur » rue Oberkampf à Paris. C’est bien qu’il se soit décliné sur St Etienne. Pour accéder au « Mur » il faut une grande échelle, du matériel pour collage et des assistants. Pour le moment, je n’ai rien de tout ça …si ce n’est encore pas mal d’idées… Je vais faire des essais à moindre échelle, ensuite on verra si, avec le « Mur »…ça peut coller entre nous !!!!!

https://www.facebook.com/ladamenrouge.se

http://www.fatcap.org/artiste/ladamenrouge.html

http://ladamenrouge.wix.com/ladamenrouge

Propos recueillis par G.M.

L’égout et les couleurs

936583_105648912970611_536063168_nLadamenrouge – Saint-etienne – Pochoir & Graffiti

Interview de la Damenrouge

http://www.legrisou.fr/2013/05/16/ladamenrouge-je-fais-de-lart-comptant-pour-rien/

Agé d’une cinquantaine d’années, cet artiste de street art habitant Saint-Just-Saint-Rambert a publié sur internet une centaine de photos de ses oeuvres réalisées en milieu urbain, notamment à Saint-Etienne. Le Grisou.fr l’a interrogé sur sa manière de travailler.

Le Grisou.fr : Comment trouvez-vous ces lieux urbains qui sont vos sources de création artistique ?
LADAMENROUGE : C’est au feeling, mais cela nécessite un repérage auparavant. Il suffit de déambuler à Saint-Etienne ou dans tout autre milieu urbain pour trouver l’inspiration sur le trottoir ou sur les murs en fonction des aspérités ou difformités de la matière, et aussi il faut que cela fasse « tilt ». J’ai toujours mon appareil photo et un mètre (enfin un 5 mètres) sur moi. Je prends un cliché des lieux, puis je travaille sur PC en faisant des essais et si cela me convient, j’aborde la phase réalisation… Je fonctionne le plus souvent de cette manière. L’inconvénient est que, entre la phase découverte des lieux et la réalisation du projet, les lieux peuvent changer voire disparaître ! L’expérience m’a fait devenir plus pragmatique et je travaille avec plus de rigueur qu’auparavant : aborder un seul projet à la fois et s’en tenir là jusqu’à la réalisation, puis passer au suivant…

Comment réalisez-vous vos œuvres, sur quels supports ?
C’est variable en fonction de ce que je rencontre. Cela peut aller du détournement de panneaux de signalisation, par exemple j’ajoute au panneau existant une pancarte en bois avec un slogan. Ou bien je créé des faux panneaux en en récupérant dans les déchèteries, panneaux que je peins et customise… Ou bien encore directement au sol à la bombe et au feutre. Je réalise quelques collages avec du papier Kraft blanc sur les murs… Quant à la réalisation, je travaille beaucoup avec du papier Kraft, pochoirs en papier cartonné que je pose directement au sol. J’essaye de minimiser mes gestes lors de la réalisation pour gagner du temps, cela nécessite un travail en amont avec des mesures précises et une vérification et essai du matériel pour éviter les surprises sur le trottoir. Là aussi c’est l’expérience qui parle. Les débuts ont été un peu laborieux!

Avez-vous un coup de cœur parmi toutes vos réalisations ?
Aïe, j’aime bien le scrabble géant en GAGA (les dits Gaga) qui est encore visible en face du commissariat Cours Fauriel à Saint-Etienne. Bien que je ne sois pas Stéphanois (je suis plutôt Lyonnais d’origine espagnole), je suis attaché aux racines et aux anciens parlers. Je crois que cela fait partie de notre patrimoine. A l’opposé, j’aime bien une oeuvre très décalée que j’ai réalisée sur un arbre aux formes particulières en y apposant le panneau « EAT MY PUSSY », les anglophones comprendront !

Parmi toutes vos réalisations, y-a-t il une oeuvre qui a le plus marqué le public ?
Il me semble que c’est la première, que j’avais réalisée sur le Rond-point Cours Fauriel, « Ladamenrouge killed Harry Potter », dont le clip est disponible sur Youtube [voir ci-dessus, NDLR]. Cela tombait en plein dans la période où les médias parlaient de l’arrêt de la série de films. Je passais tous les jours au Rond-point Fauriel et j’avais aperçu un cône de Lübeck que j’ai customisé, et j’ai installé rapidement une tombe avec un amas de pierre et un énorme panneau « I killed Harry Potter ». Pas mal de monde s’est photographié devant, les médias m’ont découvert à partir de cette oeuvre.

Quels sont vos prochaines idées de créations et les éventuels lieux de vos prochains installations stéphanoises ou en métropole ?
A mon âge, je suis un peu fatigué de « faire le trottoir » ! Les grands collages m’attirent, mais cela nécessite des locaux adaptés pour travailler et pour le moment je ne dispose que d’un petit garage de 10m² que je partage avec ma voiture. Je n’ai pas d’idées précises sur mes futures créations voire du lieu, car je fonctionne sur un délai d’environ 15 jours d’une oeuvre à l’autre. Je crois qu’avec le temps, mon style (si j’en ai un !) va évoluer, mais j’ignore vers quoi.

Quels sont les retombées artistiques et ou économiques de vos créations ?
J’utilise les réseaux sociaux (Facebook et Tumblr) pour me faire connaître, c’est un bon moyen d’auto-promo. Concernant les retombées économiques, c’est simple : je fais de l’Art comptant pour rien. Je fais le trottoir, et je ne me fais pas payer (rires) ! Bref, je ne demande aucune subvention, donc je n’en ai aucune. Au mieux, dans quelques centaines d’années, des archéologues en arts plastiques découvriront quelques une de mes oeuvres sur l’asphalte et sortiront un livre sur moi. D’ici-là, j’ai intérêt à laisser beaucoup de traces de mon passage!

Avez-vous des expositions prévues dans des galeries en 2013 ?
L’intégralité de mes oeuvres se trouve sur les trottoirs ou sur les murs, et je me vois mal les découper à la disqueuse pour faire une exposition ! De plus mes oeuvres dans la rue sont soumises au vol ou à dégradations, donc je ne possède rien si ce n’est des clichés. On m’a déjà contacté pour remplir un lieu de mes créations, mais comme je joue avec ce que je trouve, les grands espaces vides se prêtent mal à mon imagination.

PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME SAGNARD – 

Un autre article sur themost10.com :

http://www.themost10.com/street-art-examples-ladamenrouge/