L’égout et les couleurs

936583_105648912970611_536063168_nLadamenrouge – Saint-etienne – Pochoir & Graffiti

Interview de la Damenrouge

http://www.legrisou.fr/2013/05/16/ladamenrouge-je-fais-de-lart-comptant-pour-rien/

Agé d’une cinquantaine d’années, cet artiste de street art habitant Saint-Just-Saint-Rambert a publié sur internet une centaine de photos de ses oeuvres réalisées en milieu urbain, notamment à Saint-Etienne. Le Grisou.fr l’a interrogé sur sa manière de travailler.

Le Grisou.fr : Comment trouvez-vous ces lieux urbains qui sont vos sources de création artistique ?
LADAMENROUGE : C’est au feeling, mais cela nécessite un repérage auparavant. Il suffit de déambuler à Saint-Etienne ou dans tout autre milieu urbain pour trouver l’inspiration sur le trottoir ou sur les murs en fonction des aspérités ou difformités de la matière, et aussi il faut que cela fasse « tilt ». J’ai toujours mon appareil photo et un mètre (enfin un 5 mètres) sur moi. Je prends un cliché des lieux, puis je travaille sur PC en faisant des essais et si cela me convient, j’aborde la phase réalisation… Je fonctionne le plus souvent de cette manière. L’inconvénient est que, entre la phase découverte des lieux et la réalisation du projet, les lieux peuvent changer voire disparaître ! L’expérience m’a fait devenir plus pragmatique et je travaille avec plus de rigueur qu’auparavant : aborder un seul projet à la fois et s’en tenir là jusqu’à la réalisation, puis passer au suivant…

Comment réalisez-vous vos œuvres, sur quels supports ?
C’est variable en fonction de ce que je rencontre. Cela peut aller du détournement de panneaux de signalisation, par exemple j’ajoute au panneau existant une pancarte en bois avec un slogan. Ou bien je créé des faux panneaux en en récupérant dans les déchèteries, panneaux que je peins et customise… Ou bien encore directement au sol à la bombe et au feutre. Je réalise quelques collages avec du papier Kraft blanc sur les murs… Quant à la réalisation, je travaille beaucoup avec du papier Kraft, pochoirs en papier cartonné que je pose directement au sol. J’essaye de minimiser mes gestes lors de la réalisation pour gagner du temps, cela nécessite un travail en amont avec des mesures précises et une vérification et essai du matériel pour éviter les surprises sur le trottoir. Là aussi c’est l’expérience qui parle. Les débuts ont été un peu laborieux!

Avez-vous un coup de cœur parmi toutes vos réalisations ?
Aïe, j’aime bien le scrabble géant en GAGA (les dits Gaga) qui est encore visible en face du commissariat Cours Fauriel à Saint-Etienne. Bien que je ne sois pas Stéphanois (je suis plutôt Lyonnais d’origine espagnole), je suis attaché aux racines et aux anciens parlers. Je crois que cela fait partie de notre patrimoine. A l’opposé, j’aime bien une oeuvre très décalée que j’ai réalisée sur un arbre aux formes particulières en y apposant le panneau « EAT MY PUSSY », les anglophones comprendront !

Parmi toutes vos réalisations, y-a-t il une oeuvre qui a le plus marqué le public ?
Il me semble que c’est la première, que j’avais réalisée sur le Rond-point Cours Fauriel, « Ladamenrouge killed Harry Potter », dont le clip est disponible sur Youtube [voir ci-dessus, NDLR]. Cela tombait en plein dans la période où les médias parlaient de l’arrêt de la série de films. Je passais tous les jours au Rond-point Fauriel et j’avais aperçu un cône de Lübeck que j’ai customisé, et j’ai installé rapidement une tombe avec un amas de pierre et un énorme panneau « I killed Harry Potter ». Pas mal de monde s’est photographié devant, les médias m’ont découvert à partir de cette oeuvre.

Quels sont vos prochaines idées de créations et les éventuels lieux de vos prochains installations stéphanoises ou en métropole ?
A mon âge, je suis un peu fatigué de « faire le trottoir » ! Les grands collages m’attirent, mais cela nécessite des locaux adaptés pour travailler et pour le moment je ne dispose que d’un petit garage de 10m² que je partage avec ma voiture. Je n’ai pas d’idées précises sur mes futures créations voire du lieu, car je fonctionne sur un délai d’environ 15 jours d’une oeuvre à l’autre. Je crois qu’avec le temps, mon style (si j’en ai un !) va évoluer, mais j’ignore vers quoi.

Quels sont les retombées artistiques et ou économiques de vos créations ?
J’utilise les réseaux sociaux (Facebook et Tumblr) pour me faire connaître, c’est un bon moyen d’auto-promo. Concernant les retombées économiques, c’est simple : je fais de l’Art comptant pour rien. Je fais le trottoir, et je ne me fais pas payer (rires) ! Bref, je ne demande aucune subvention, donc je n’en ai aucune. Au mieux, dans quelques centaines d’années, des archéologues en arts plastiques découvriront quelques une de mes oeuvres sur l’asphalte et sortiront un livre sur moi. D’ici-là, j’ai intérêt à laisser beaucoup de traces de mon passage!

Avez-vous des expositions prévues dans des galeries en 2013 ?
L’intégralité de mes oeuvres se trouve sur les trottoirs ou sur les murs, et je me vois mal les découper à la disqueuse pour faire une exposition ! De plus mes oeuvres dans la rue sont soumises au vol ou à dégradations, donc je ne possède rien si ce n’est des clichés. On m’a déjà contacté pour remplir un lieu de mes créations, mais comme je joue avec ce que je trouve, les grands espaces vides se prêtent mal à mon imagination.

PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME SAGNARD – 

Un autre article sur themost10.com :

http://www.themost10.com/street-art-examples-ladamenrouge/

Curiosités urbaines